LES EPREUVES
Je parle bien sûr des vraies souffrances.
J'appelle vraies souffrances celles dont nous ne sommes pas d'une manière ou d'une autre responsables. Elles seules, posant le problème angoissant de leur origine et de leur raison d'être,relèvent de la recherche religieuse et requièrent une explication.
Quand aux autres, aux souffrances dont je suis directement ou non, consciemment ou non la cause, je ne sache pas qu'elles méritent qu'on s'y arrête vraiment. Je n'ai qu'à m'en prendre à moi-même. Si les médecins m'ont prévenu que ma façon de vivre est détestable et que mes excès de nourriture ou de travail ruinent peu à peu ma santé, si je refuse là dessus de rien changer à mes habitudes, je n'aurai pas à me lamenter d'avoir bientôt à en patir.
Grand sot si j'accuse la providence. Bien que au demeurant, nous agissions souvent de cette manière, préférant courir le risque des plus graves conséquences plutôt que d'avoir le désagrément de les prévenir, accueillant les moindres prétextes qui nous justifieraient de prendre les avertissements pour des illusions, remettant notre visite au dentiste dès que la douleur se calme. Ne souriez pas : comme moi, vous l'avez fait une fois ou l'autre.
Mais ce qui mérite bien d'avantage d'être remarqué, c'est que ce genre de souffrance qu'en quelque sorte on s'impose à soi-même est plus répandu qu'on ne le croit d'abord. Je ne craindrai pas d'y attribuer les trois quarts de nos larmes.
Extrait du livre LE CHRIST OUBLIE
Proposé par J. L. MARTIAL






